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infoduweb.be Staff

Inscrit le: 24 Mai 2007 Messages: 139 Localisation: Belgique (Evidemment)
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Posté le: Ven Mai 25, 2007 9:57 am Sujet du message: Les prostituées grondent |
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BRUXELLES Premier bilan désastreux pour les prostituées quatre jours après le placement d'une caméra bien visible et orientable à 360 degrés à l'entrée de la rue des Commerçants dans le centre-ville de Bruxelles : les clients fuient. Le chiffre d'affaires de la prostitution est en chute libre. Les prostituées parlent d'un recul de clientèle supérieur à 70 %. Et ça ne va pas s'arrêter. D'autant que la police de Bruxelles n'en fait pas mystère : le dispositif permet déjà de verbaliser les automobilistes qui se risqueraient dans cette rue.
C'est un projet ancien (DH/Les Sports du 14 juillet 2001) que réalise enfin le commissaire en chef Roland Vanreusel. Il n'y a pas de raison que les prostituées soient seules inquiétées. Mais il est difficile de coincer le client sur les moeurs. Alors, la police utilise... le code de la route. L'automobiliste à la recherche d'une prostituée ralentit et gêne la circulation - vitesse inadaptée : article 10.2 -, klaxonne pour appeler la fille - usage abusif de l'avertisseur sonore, article 33.2 - et, s'agissant de la rue des Commerçants, traverse un quartier à circulation locale - article 5, disque C3. Trois bons motifs de verbaliser. Et la police locale ne s'en prive plus.
Et si ça ne fait jamais que 50 €, pour Christian Deconinck, commissaire et porte-parole : "Le procès-verbal est adressé au domicile de l'automobiliste qui pourra expliquer à madame ce qu'il faisait à 11 h du soir" dans une rue fréquentée par des femmes légères d'origine bulgare.
Le placement de la caméra a été médiatisé par un JT lundi soir. L'effet a été immédiat : depuis lors, c'est vaches maigres. Nathalie n'a pas fait un seul client mardi, mercredi, et même le retour du soleil, hier jeudi, n'y fait rien : toujours personne. Depuis la caméra, Josiane n'a reçu qu'un seul client. Même les vieux habitués désormais l'ignorent.
Un seul client en quatre jours
Bibi, la plus jeune, parle d'une catastrophe. Le temps de midi était propice aux employés de bureau. Depuis la caméra, tout le monde évite le chemin. Hier, quinze filles attendent désespérément que le premier se décide. Mais la peur de la caméra est la plus forte.
Souriez, vous êtes filmé ? Pas les filles en tout cas qui, de l'avis unanime, estiment avoir perdu en 4 jours les deux tiers de leur clientèle d'avant.
Même constat d'un ouvrier de voirie : les préservatifs usagés, qui jadis jonchaient les trottoirs, ont maintenant quasi disparu. Mais les filles de la rue des Commerçants, dont c'est le seul revenu, s'interrogent sur l'avenir et les fins de mois.
La police affirme que la caméra répond à une demande du quartier : elles n'en croient rien. Elles croient encore moins à l'argument de la sécurité selon lequel la raison d'être de la caméra serait de les protéger. Selon les anciennes, la dernière agression en journée dans le quartier remonte à 1986.
Déjà, elles prennent des habitudes. Depuis lundi, leur premier geste, en prenant possession du trottoir, est d'adresser un signe amical à l'opérateur du dispatching qu'elles devinent installé sur son fauteuil derrière ses écrans au quatrième étage du commissariat central de la rue du Marché au Charbon.
Des prostituées grondent. Les plus revendicatives parlent d'atteinte à la vie privée et de discrimination. D'autres rues comme la rue Van Gaver sont dépourvues de caméras : pourquoi elles et pas les autres. Elles étudient la possibilité d'un recours devant le comité P. "La vraie vérité, disent-elles, c'est que les caméras sont là pour nous tuer."
Et, pour les achever, la rumeur annonce qu'un commissariat mobile sera installé place de l'Yser, derrière la baraque à frites, à deux pas. Elles espèrent encore que "ça se tassera" mais, persuadées que le client ne reviendra plus avant des semaines, elles songent à déménager.
Les plus anciennes tapinaient là depuis les années 1960.
Gilbert Dupont
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